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Education musicale

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Introduction

La musique fait partie des enseignements artistiques prodigués dans la scolarité de tous les élèves. Quel que soit l’endroit où l’élève est scolarisé au cours de l’année, l’éducation musicale est un enseignement qui enrichit le jeune malade et permet des réponses adaptées à ses besoins éducatifs particuliers. 

La vie de l’élève malade peut se dérouler dans des lieux différents (l’école, l’hôpital, le domicile, le service de soins), elle est souvent fragmentée et faite de ruptures. La musique est un art qui peut tisser un lien entre ces espaces. Depuis plusieurs années, des musiciens viennent jouer à l’hôpital ; ce sont soit des professionnels, soit des bénévoles d’associations, soit des intervenants issus d’écoles de musique ou de diverses structures. À côté de ces interventions, l’école de l’hôpital a aussi son rôle à jouer, puisque l’éducation musicale fait partie de ses missions. 

L’expérience de la maladie, dans sa singularité, reste souvent inexprimée par le jeune malade. La musique qui constitue un langage non verbal des émotions peut être un canal riche pour alléger, partager ou se libérer de certains souvenirs douloureux ou inquiétants, par la participation à un projet musical au travers d’une création sonore. L’élève peut ainsi reprendre une place d’acteur par l’expression musicale.

 

Besoins de l’enfant ou de l’adolescent malade

 

Sortir du monde de la maladie 

Le jeune malade est souvent envahi physiquement et mentalement par sa maladie : soins, douleur, incertitudes sur sa santé et sur son futur… Des activités qui le distraient des difficultés rencontrées quotidiennement sont à favoriser. À l’hôpital notamment, la prégnance de la maladie est extrême, tout rappelle la maladie ; l’élève a besoin de s’en échapper, d’être mentalement dehors, ou de faire rentrer le monde extérieur à l’intérieur du monde sanitaire. Même si le personnel hospitalier est bienveillant et attentif, l’enfant ou l’adolescent aspire à un environnement rassurant, non menaçant, bien distinct de celui souvent associé à une structure sanitaire.

 

Redevenir acteur

Comme il ne maîtrise pas les traitements conséquents à sa maladie, le jeune se retrouve dans une situation de dépendance qui le met dans une position d’objet de soins, entraînant souvent un « laisser-faire » qu’il reproduit dans le cadre de l’école et des apprentissages. La maladie ou les soins génèrent fréquemment des périodes de grande fatigabilité, au cours desquelles le jeune n’a plus ni la force, ni l’envie de faire quoi que ce soit. Alors, le temps semble bien long et la morosité peut très vite s’installer dans son esprit. 

 

Pouvoir partager son expérience, ses émotions

Vivre avec une maladie chronique est une expérience qui n’est pas toujours facile à partager. L'élève peut avoir du mal à trouver les mots pour raconter son expérience de la maladie ou extérioriser ses émotions. Nous savons combien il est essentiel de pouvoir s’exprimer quand on vit une situation douloureuse et de disposer d’une véritable écoute pour s’en libérer.

 

Surmonter les ruptures en lien avec la maladie

Le jeune avec une maladie invalidante vit au rythme de celle-ci qui est généralement créatrice de nombreuses ruptures : alternance de lieux de vie (hôpital, domicile, école, centre de rééducation ou de soins), périodes de traitement et périodes de vie redevenue ordinaire, alternance de temps de certitude et de temps d’inconnu. Les différentes temporalités et interruptions supportées entraînent une perte de continuité qui peut rendre difficile un accès serein aux apprentissages. 

 

Sortir de l’isolement

La maladie isole aussi le jeune de sa famille, de ses amis ou de ses espaces familiers. À l’hôpital, il ne peut pas toujours sortir de sa chambre. Lorsqu’il retourne à l’école, il se sent différent et mesure ses absences aux activités et expériences scolaires auxquelles il n’a pas eu accès. Enfin, la maladie, même si elle n’a pas d’effets visibles, modifie le statut de l’enfant ou de l’adolescent qui devient patient au lieu d’être élève. Il peut vivre ses troubles de santé comme une source d’exclusion de son groupe de camarades et de sa classe. 

 

La musique

Définie comme un art qui combine des sons d’après des règles qui varient selon les époques et les lieux et qui organise une durée avec des éléments sonores, la musique est à la fois un art et un objet, personnel et collectif. C’est un monde sonore non palpable, intellectuel et sensoriel, qui organise les sons et les silences. Le son étant par essence dans l’instant, il ne dure pas, est éphémère, mais peut être reproduit. 

La musique est un langage symbolique non verbal, une forme d’expression individuelle qui permet d’exprimer avec une infinité de nuances sa propre sensibilité. C’est un langage qui engage l’intime, le singulier, qui ouvre sur l’imaginaire et sur la poésie. C’est aussi un espace qui nécessite à la fois une exigence de maîtrise de la technique et l’expression d’une sensibilité. 

Par essence un art de participation, c’est une forme d’expression collective qui permet l’échange, le dialogue. Elle rassemble et fait tomber les barrières de l’âge, des langues, des cultures. Source de plaisir, elle est aussi le symbole d’une communauté culturelle, nationale ou spirituelle. 

C’est enfin un monde personnel, qui sollicite les affects, les souvenirs et les sensations. Même lorsque plusieurs personnes écoutent une même musique, chaque auditeur ne la reçoit pas et n’y réagit pas de la même façon. La musique fait en effet référence à notre histoire, notre expérience, nos souvenirs. Toujours à notre disposition si nous la désirons (dans notre tête, par notre voix, par des enregistrements, par la radio, les supports mobiles, les applications…) selon les ressources dont nous disposons, elle permet de s’extraire du quotidien, du réel, de le dépasser, de se débarrasser des contraintes terrestres, physiques et peut créer un espace hors du temps, « une bulle ».

La musique, source de fête et de bruit, symbole de vie aussi, est a priori en contradiction avec la maladie et l’hôpital, espace où les personnes ont majoritairement l’air « sérieux » et où l’on cherche plutôt à faire silence. Pourtant, il y a beaucoup de sources de bruits dans un hôpital, même si tout est prévu pour les calfeutrer (machines ou appareillages aux bruits variés, échanges entre professionnels, paroles en direction des malades, déplacements, ascenseurs…). La médecine et l’hôpital visent à constituer un monde de rationalité, scientifique, caractérisé par l’ordre, la rigueur, le vérifiable et le quantifiable, le maîtrisable et le reproductible. La musique est à l’opposé, monde de l’imprévisible, du bruit et du désordre, du mouvement et de l’expression des émotions, mode d’expression de la vie. Par sa présence, elle peut contribuer à améliorer le quotidien et être une représentation de la vie.

 

La musique à l’école

L’éducation musicale est un domaine obligatoire à l’école qui s’inscrit dans les enseignements artistiques aux côtés des arts plastiques, ces enseignements reposant sur trois domaines : les savoirs, les rencontres et la pratique. Dans le champ de l’éducation musicale, les pratiques sont privilégiées et se structurent autour de deux axes : la perception et la production. De l’école maternelle jusqu’au lycée, les programmes de l’Éducation nationale en organisent les enseignements. Caractérisée par une approche concrète et la proximité de musiciens professionnels, l’éducation musicale se met en place au travers de deux démarches : une démarche de projet et une démarche de questionnement. La voix, le corps, le langage musical, l’écoute et le geste instrumental sont les différents axes avec lesquels les professeurs mettent en œuvre leur enseignement. À partir du cycle 4, un cadre avec des repères didactiques et conceptuels organise les connaissances de la discipline.

À l’école maternelle (ou cycle 1), l’éducation musicale s’inscrit dans le domaine d’apprentissage « agir, s’exprimer, comprendre à travers les activités artistiques ». C’est un domaine qui regroupe les arts du visuel, les arts du spectacle vivant et les arts du son dans lesquels il s’agit d’explorer des univers sonores. L’objectif général est de développer les possibilités créatrices des élèves et d’enrichir leur imagination, en leur proposant une diversité d’univers sonores. La voix est largement mobilisée autour de comptines et chansons, mais aussi au travers de jeux permettant d’explorer les possibilités d’expression sonores : par exemple chuchotements, cris, respirations, bruits, imitations… La capacité à chanter ensemble est développée. L’expression instrumentale est aussi favorisée par la découverte d’instruments variés, générateurs de sons - de musique ou pas - qui peuvent être rassemblés par familles : ceux que l'on frappe, que l'on secoue, que l'on frotte, dans lesquels on souffle …, et par l’utilisation du corps comme instrument de percussion. Complétant les activités d’expression, l’écoute d’environnements sonores et des extraits d'œuvres musicales appartenant à différents styles, cultures et époques est aussi mobilisée, avec pour priorité de développer la sensibilité, la discrimination et la mémoire auditive. 

Au cours des cycles 2 et 3, les compétences Chanter, Écouter, Explorer, Échanger sont travaillées. Au cycle 2 (cycle des apprentissages fondamentaux), la comparaison est associée à l’écoute, l’imagination à l’exploration et le partage aux échanges. Au cycle 3 (cycle de consolidation), l’interprétation complète le chant, le commentaire suit l’écoute, la création s’ajoute à l’exploration et l’argumentation aux échanges. La voix a un rôle central dans les pratiques de classe, puisqu’elle est le premier instrument accessible à partir duquel des travaux de production et d'interprétation dans un cadre collectif peuvent être réalisés ; ainsi la constitution de chorale est favorisée. De plus, le corps dans le geste musical peut être sollicité, favorisant un développement physique et expressif global. Une pratique régulière est attendue pour que se construisent des compétences et connaissances solides.

Au cycle 4 (cycle des approfondissements) est privilégiée l’approche autonome et critique du monde sonore et musical contemporain. Différents domaines de compétences vont constituer le référentiel disciplinaire de l’éducation musicale : le timbre et l’espace, la dynamique, le temps et le rythme, pour caractériser les matériaux sonores qui constituent un discours musical ; la forme pour mettre en évidence l’organisation de la temporalité longue d’une musique ; le successif et le simultané pour analyser l’organisation temporelle verticale ou horizontale du morceau ; les styles pour construire une culture musicale. L’écoute musicale étant une pratique des collégiens quasi généralisée, il s’agit de leur permettre de construire des compétences d’analyse et d’enrichir leur champ culturel. Dans ce domaine, une réflexion plus structurée se met en place : mobilisant d’abord la sensibilité des élèves par l’expression de commentaires subjectifs et des émotions (métaphores, images, récits …) Utilisant un vocabulaire général, le professeur va chercher ensuite à solliciter leur raison par l’explicitation des causes (pourquoi et comment une suite sonore touche la sensibilité de l’auditeur, par exemple) et par l’apprentissage de notions techniques (matériaux sonores, vocabulaire de la musique) au travers d’un vocabulaire spécifique. 

 

Apports de l’éducation musicale : des enjeux spécifiques pour les élèves malades

 

Écouter et produire de la musique

Comme indiqué dans les programmes, deux grands domaines sont mobilisés dans l’éducation musicale, la perception et la production, s’appuyant sur une pratique régulière. La perception musicale va se développer au travers d’activités d’écoute. Il s’agit d’apprendre à écouter tout d’abord, ce qui mobilise l’attention, la concentration, la discrimination, mais aussi amène les élèves à identifier ce qu’ils écoutent, à décrire les sons, à qualifier le morceau de musique… Ainsi, les activités mises en place ont pour conséquence d’améliorer les capacités de mémoire des élèves mais aussi d’augmenter leurs connaissances musicales, d’élargir leur lexique (vocabulaire spécifique de la musique) ainsi que leurs repères culturels. L’attention des élèves doit être sollicitée par l’enseignant afin d’éviter l’apparition d’une écoute passive. Pour cela, leur motivation est suscitée et les consignes d’écoute sont clairement exprimées, (ce qui va être écouté et pourquoi). La construction progressive d’une écoute de qualité au cours de sa scolarité permet ainsi à l’élève d’identifier des matériaux musicaux variés et d’acquérir la capacité à saisir l’organisation d’une composition sonore. 

Le jeune malade est entouré de sons qu’il subit et qui parfois lui font peur. La musique propose pour sa part des sons reconnaissables et reproductibles, dont l’un des objectifs est de donner du plaisir. La musique peut agir sur l’anxiété, l’agitation, la dépression, l’apathie, le sentiment de non existence, états affectifs qui peuvent concerner l’enfant ou l’adolescent. La possibilité d’avoir des temps d’écoute musicale encadrée peut mobiliser son attention et avoir un effet bénéfique sur son état émotionnel. Apprendre à reconnaître les sons et à les caractériser peut être pour lui un moyen de s’approprier un environnement sonore angoissant et de s’en distancier.

La production musicale doit le mieux possible s’inscrire dans des projets musicaux variés. Si la voix est généralement l’instrument privilégié, le plus approprié à l’école, ne doivent pas être mises pour autant de côté les pratiques instrumentales, ni les ressources numériques. Lorsqu’est abordée l’intention musicale, d’interprétation ou de création, le savoir-faire et la sensibilité vont être travaillés. Il peut s’agir de l’apprentissage d’un modèle musical ou d’une recherche de sonorités. Puis l’apprentissage débouche sur une réalisation musicale qui mobilise alors les dimensions technique et artistique. 

La pratique musicale participe à l’articulation des champs de perception et de production. Elle permet de s’approprier le langage musical. L’élève approche aussi concrètement la réalité du fait sonore, qui n’est par nature pas palpable. Ainsi, tant par des travaux de perception que par la pratique vocale ou instrumentale, les élèves acquièrent des compétences d’écoute et de production musicales tout en se constituant un bagage culturel chanté, joué et écouté.

À l’hôpital, le plus souvent, l’élève ne produit rien. Objet de soins, les autres agissent sur lui, avec des soins potentiellement pénibles et douloureux. Il peut glisser peu à peu dans une posture attentiste qui perdure lorsqu’il retourne dans son école. Avec l’expression sonore et musicale, il redevient celui qui décide, celui qui construit, celui qui agit, et donc actif et acteur.

 

Mobiliser le corps

La pratique musicale convoque des intelligences multiples : musicale et rythmique, corporelle et kinesthésique, intra et inter personnelles. C’est une activité corporelle complète, puisque la voix, le geste et l’écoute peuvent être simultanément mobilisés.

Le jeune malade a aussi besoin de remettre en lien les différentes parties de son corps afin de retrouver une harmonie corporelle. Par différentes activités musicales, il va mobiliser celui-ci pour tendre vers une expression souhaitée et complète.

En éducation musicale, le corps est à la fois transmetteur et récepteur de musique. Lorsque l’élève chante, sa voix mobilise tout son corps (souffle, appareil phonatoire, posture du buste et de la tête, mouvements du corps qui accompagne l’expression). Dans une pratique rythmique ou instrumentale, se retrouve cette mobilisation corporelle. Lors d’une activité de pratique musicale, il est important que l’élève soit disponible et préparé physiquement et mentalement ; en effet, des états musculaires tendus, nerveux ou entravés ne favorisent pas l’expression musicale. Plus le corps se sent libre dans ses mouvements, plus sa capacité d’expression est grande. L’élève a besoin de préparer son corps à la pratique musicale, par une phase de travail de sa posture, de son souffle et de sa voix. Plus il sera disponible physiquement, plus sa pratique sera de qualité. L’élève malade peut avoir un corps qui a été fragilisé par la maladie, fatigable et pour lequel une attention est nécessaire. Mais à son retour à l’école, il aspire aussi à être un élève comme les autres. Par la nécessité pour chacun de préparer son corps à une activité d’expression musicale, il ne se sent pas différent des autres, même si le professeur garde une attention discrète sur sa capacité à s’échauffer pleinement.

Dans une situation d’écoute, la musique a des effets sur le corps de l’auditeur : apaisement, ou tension (attention particulière ou réaction négative), mouvements d’accompagnement plus ou moins conscients des phrases musicales. La musique a des effets sur le corps, créant un espace sonore qui fait oublier au jeune son quotidien, ou mobilisant son attention lors d’une activité d’expression. L’éducation musicale peut ainsi avoir des effets positifs sur sa posture, son état corporel/physique général et sur ses émotions. 

L’élève malade a de nombreuses perceptions, liées à son environnement : à l’hôpital, il y a des sons, des odeurs qui ne sont pas ordinaires mais très prégnantes. Dans son corps, il a des sensations physiques extraordinaires, inquiétantes ou douloureuses ; un état de santé ordinaire correspond à une absence de sensations de nos systèmes vitaux, le tout fonctionnant sans que nous y portions une attention particulière. Toutes ces perceptions, ces sensations doivent être reconnues, nommées, comprises et si possible acceptées. Travailler le domaine de la perception en l’inscrivant dans le cadre structuré de l’éducation musicale peut permettre de développer des compétences transposables au vécu de la maladie et de l’hospitalisation.

 

Retrouver une certaine maîtrise du temps

Le geste fait partie de l’expression musicale. Il accompagne, révèle ou transmet une pensée musicale. Ainsi, il peut produire un son (par la voix, l’instrument…) ou répondre à la musique (par la mise en mouvement, l’expression graphique…). Le corps mémorise alors des combinaisons d’impressions kinesthésiques et auditives, mémoire qui sera mobilisée pour les reproduire, voire les dépasser. Le geste peut ainsi permettre de travailler des notions de temps, de durée, comme de structure de la musique. Pour l’élève avec une maladie invalidante, le temps prend une place particulière car sa vie est ponctuée de moments avec des temporalités dont les rythmes varient ; les actes médicaux s’organisent sur des durées précises et dans des temps contraints (soins, cures, hospitalisations, périodes de traitements…) et leur répétition ou leur rythme dépendent de l’évolution de son état de santé. Travailler sur le rythme musical peut être une façon symbolique de se détacher de celui de la maladie et des soins en s’appropriant et créant ses propres rythmes.

 

Provoquer l’intelligence sensible

Les pratiques artistiques sont l’occasion d’avoir de nouvelles sensations, perceptions, ou expériences sensibles. Ainsi l’exploration des sons, leur reconnaissance ou leur émission, la découverte des expressions musicales et sonores de différentes cultures, d’instruments de musiques variés sont autant de possibilités de mobiliser auprès de l’élève des expériences sensibles. Spontanées dans les premières années de la scolarité, elles sont peu à peu explicitées et les élèves conviés à prendre du recul sur ce qu’ils vivent. Ainsi, par la mise en mots, la verbalisation et l’acquisition d’un vocabulaire technique d’une part, et par la mobilisation des connaissances et compétences acquises d’autre part, les élèves prennent de la distance vis-à-vis de leurs ressentis. En les poussant à s’exprimer aussi pendant les temps d’expression sonore (chant ou pratique instrumentale), l’objectif est de les amener à conjuguer une perception basée sur la sensibilité et une appréhension raisonnée et réfléchie du monde. Apprendre peu à peu à se distancier de ses émotions est utile au jeune malade, lui qui est souvent confronté à des états affectifs extrêmes. De même, pouvoir appréhender les divers environnements dans lesquels il vit, par un vocabulaire précis et distancié, peut lui être utile pour en prendre la mesure et se positionner comme individu pensant/agissant. Le travail spécifique d’apprentissage du vocabulaire musical peut être transposable à d’autres domaines de connaissances.

 

Exprimer et partager

Les langages artistiques permettent d’exprimer des émotions, que ce soit de façon volontaire ou pas. Ainsi, la composition ou création musicale peut être un moyen de transmettre des états émotionnels. D’autre part, lorsque l’élève exécute un morceau (ou reproduit une suite sonore), il y inscrit une part de lui-même, pas toujours consciemment, la musique prenant selon ses interprètes des expressions différentes. Comme tous les langages, la musique donne la possibilité de se « libérer » de certaines émotions. Enfin, l’expérience artistique musicale nourrit l’empathie, car celui qui écoute se met à la place de l’autre et partage ce qu’il ressent. Outil au service de l’expression des émotions, la musique est un canal privilégié qui leur donne du sens. 

Lors de son quotidien, l’élève malade est confronté à des situations angoissantes, douloureuses, imprévues et il n’est pas toujours en mesure d’exprimer ce qu’il ressent. Chaque situation est différente, les mots ne sont pas toujours faciles à trouver, les espaces pour les dire ne sont pas toujours présents. Lorsqu’il est de retour dans sa classe, l’élève porte toujours sa maladie, avec toutes ses conséquences imprévisibles et conserve le souvenir de son vécu à l’hôpital, en centre de soins ou chez lui. D’autre part, l’élève n’a pas toujours le désir de raconter ce qu’il vit ou a vécu, même si ses souvenirs l’envahissent. Souvent, il fait front. Pourtant, il a besoin de s’en libérer. Pour l’aider à les extérioriser, la pratique musicale et en particulier instrumentale peut être un bon vecteur d’apaisement autre que les mots.

La musique, comme les autres modes d’expression artistique, ouvre à une pensée différente, divergente, où chercher, s’étonner, traîner, disposer de plusieurs possibles sont les modes de fonctionnement. Ici, le regard est singulier et tous les chemins peuvent être choisis. C’est ainsi un formidable espace de liberté qui peut compenser le sentiment d’entrave que crée la maladie dans la vie de l’élève. De plus, pouvoir s’exprimer, produire ou interpréter la musique sont autant de façons de mettre en avant ses capacités à créer, ce qui améliore l’estime de soi.

Cet art est aussi un moyen de faire des rencontres et des découvertes multiples et de s’ouvrir à la diversité des cultures et des personnes. C’est une occasion d’ouverture sur le monde, d’enrichissement personnel et de partage de singularités. La musique elle rassemble et favorise les interactions (entre jeunes, jeune et adulte, entre adultes). Souvent l’hôpital rassemble des jeunes originaires de pays différents, ce qui est une chance pour qui souhaite connaître d’autres cultures. Au-delà de la langue qui n’est pas toujours partagée, la musique est un vecteur de dialogue à partir duquel le partage et l’échange sont possibles. 

 

Pistes pédagogiques 

 

Libérer l’expression par la musique

Favoriser l’expression par la musique, soit par les pratiques instrumentales, soit par un travail de la voix, soit par l’inscription d’une production musicale dans un projet artistique sera bénéfique au jeune malade qui pourra transformer ses sentiments, ressentis, vécus et émotions en une activité créatrice qui est suffisamment symbolique pour ne pas lui donner le sentiment de s’exposer ou se mettre à nu.

 

S’inscrire dans des activités collectives

S’inscrire dans des activités collectives créatrices (orchestre, chorale, fabrication d’instruments, projets artistiques…) paraît une proposition pédagogique adaptée pour un élève malade. La maladie place souvent le jeune dans une situation de solitude. Son expérience est singulière, les soins l’isolent de ses camarades, de sa famille, des activités ordinaires de sa vie. Pour compenser ce sentiment de solitude et de « mise à part », il semble très bénéfique d’inscrire l’élève malade dans des projets musicaux collectifs. L’éducation musicale est propice aux activités interactives, telles que des dialogues sonores, par exemple (reproduction d’un son, question-réponse sonore, canons...), la constitution de mini orchestres ou des moments de chants. 

 

Faire des liens avec des musiciens venus à l’hôpital

Alors qu’il a été largement mis en évidence l’importance de la conservation du lien entre l’hôpital et l’école ordinaire de l’élève malade, souvent ce lien est porté par l’enseignant de l’hôpital. Depuis de nombreuses années maintenant, l’hôpital s’est ouvert à la musique, des musiciens et des associations se rendent régulièrement dans les services pédiatriques, soit pour des petits concerts, soit pour des ateliers musicaux. Faire partager ses rencontres à sa classe (par des enregistrements, le témoignage de musiciens, la reproduction de l’atelier…) peut être aussi une occasion pour l’élève malade de renouer le lien avec ses camarades.

 

Utiliser les ressources numériques

Les ressources numériques ont maintenant largement leur place dans la société et le domaine de la musique n’est pas laissé de côté. Ainsi, l’internet met à disposition, soit en ligne, soit en téléchargement, un grand nombre de musiques qui peuvent être écoutées, comparées, analysées, travaillées. Des sites officiels sont dédiés à la diffusion musicale, comme celui de la Philharmonie de Paris accessible sur le portail Eduthèque qui propose des ressources sonores et pédagogiques variées. D’autres soutiennent ou proposent des projets musicaux : l’association Orchestre à l’école soutenue par le Ministère de l’Éducation nationale, par exemple, accompagne des projets d’orchestre dans des écoles. Radio France avec la maîtrise de l’Ile-de-France met à disposition sur le site Vox chorale interactive des kits pédagogiques pour chanter en cœur. Pour des élèves dont les activités corporelles peuvent être entravées, le numérique propose des outils de compensation intéressants. Ainsi, des applications ou des logiciels proposent des instruments virtuels, permettant la production sonore et rythmique, même lorsque le jeune ne peut tenir l’instrument, n’a pas la force de frapper un instrument de percussion ou n’a pas le souffle nécessaire pour jouer d’un instrument à vent. De plus, il est maintenant très facile d’enregistrer et de conserver une réalisation sonore avec des applications nativement installées dans les smartphones ou les tablettes. Ainsi, les différentes expériences d’expression sonore peuvent être conservées, comparées, critiquées pour être améliorées. Des applications utilisant la réalité augmentée peuvent aussi avoir leur intérêt car elles permettent d’inclure dans un document papier des fichiers audio et/ou vidéo, pour illustrer un travail documentaire sur des instruments en y joignant des extraits de morceaux joués par chacun, par exemple.

 

Points de vigilance

Même si la participation aux productions musicales est importante pour le jeune présentant une maladie invalidante, le professeur doit avoir une attention particulière aux exercices d’échauffement des différentes parties du corps, mobilisées dans une expression musicale. 

Afin de l’inscrire dans toutes les activités, il est essentiel de tenir compte des possibilités, connaissances ou compétences de l’élève, et surtout de s’appuyer sur ses ressources. 

La maladie entraînant des ruptures dans la vie de l’élève, le professeur doit favoriser les liens entre les activités ou pratiques musicales que l’élève est susceptible de réaliser dans ses différents lieux de scolarisation. 

Enfin, compte tenu du fait que la musique est principalement un art du partage, l’éducation musicale doit être le support de multiples activités collectives.

 

Pour conclure

La musique, par l’éducation musicale, est abordée dans la scolarité dans ses aspects de perception et de production. Enseignement construit autour de projets collectifs variés, il replace l’élève malade au sein de son groupe de pairs. Mode d’expression privilégié des émotions, la musique permet de canaliser celles, parfois douloureuses, conséquences de l’expérience de la maladie chronique invalidante. Source d’apaisement, l’étude de la musique peut aider à mettre à distance des ressentis difficiles et à construire des compétences d’écoute, d’attention et de partage. Langage par essence ouvert sur de multiples formes d’expression, la musique peut donner au jeune malade une place de créateur.

13/11/2019

S'informer sur les maladies et leurs conséquences 
Liens 

L’éducation artistique et culturelle
Ministère de l'Éducation nationale

Les enseignements artistiques
Ministère de l'Éducation nationale

Le plan de développement des chorales dans les écoles
Ministère de l'Éducation nationale

Le dispositif Un orchestre à l’école
Ministère de l'Éducation nationale

Le parcours d'éducation artistique et culturelle. Circulaire n° 2013-073 du 3 mai 2013

Développement de l'éducation artistique et culturelle. Circulaire n° 2008-059 du 29 avril 2008

Actions éducatives : programme prévisionnel 2013-2014. Note de service n°2013-107 du 9 juillet 2013

 

Documents d'accompagnement des programmes :
Sur les enseignements artistiques aux cycles 2 et 3
Sur l’éducation musicale
Au cycle 4 sur la voix
Sur les outils numériques pour l’éducation musicale

Ressources pédagogiques
Partage d’expériences pédagogiques Numérique en éducation musicale

Edumusique
site avec des dossiers pédagogiques sur des œuvres

Ressources numériques
Portail Eduthèque

Musique Prim : site dédié à l'éducation musicale pour les enseignants des cycles 2 et 3

Portail éducatif de la chanson

Application pour travailler l’écoute

Un studio de musique virtuel

Application de réalité augmentée : Aurasma méga fiche Académie de Créteil

Projets musicaux

Chant choral à l'école : Partenariat entre l'Education nationale et l'Académie musicale de Villecroze

Fédération nationale des chorales scolaires

Site de l’association Orchestre à l’école

Portail Vox chorale interactive
Radio France

Association MESH
Musique et situation de handicap

Ciné-ma différence : association à but non lucratif ayant pour objet de favoriser l'accès aux loisirs et à la culture des personnes en situation de handicap, par le biais du cinéma ou par tout autre biais, domaine ou moyen de culture ou de loisirs.

 

Pour aller plus loin
Métiers de la musique et de la santé

Parcours d’éducation artistique et réalité augmentée
site de l’académie de Paris

Musique et éducation (la musique pour apprendre à vivre ensemble)
Revue du CIEP de Sèvres, septembre 2017, n° 75.

L’éducation musicale à l’école primaire en France Les représentations professionnelles de professeurs des écoles impliqués
Recherche et formation, 2013, n° 73, p. 21-36. (Consultable en ligne)

Musiques à l’hôpital
Philipe Bouteloup, musicien et directeur de l’association Musique et santé
Spirale, 2010, n° 56, p. 83-88.

 

Exemples d’associations qui interviennent dans l’hôpital
Les Siècles 

Euphonie

Musique et Santé