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Dyspraxie : témoignage d’un élève de CE1

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Il s’agit du témoignage d’un jeune enfant dyspraxique de 8 ans scolarisé en CE1 dans un Etablissement Régional d’enseignement adapté (Erea).

 

Pour toi, qu’est-ce que la dyspraxie et en quoi cela te gêne-t-il dans la vie de tous les jours ?

C’est un enfant qui ne sait pas écrire, qui ne sait pas lire, qui ne parle pas bien. Mais il y a des gens qui leur apprennent à parler, à écrire.

Chez moi, ce qui me gêne, c’est quand il y a du bruit, ça me déconcentre, par exemple quand je me réveille et qu’il y a la télé allumée… Mais bon, il n’y a pas souvent de bruit à la maison. Sinon, pas de problème, je sais bien où se rangent mes habits, mes jouets. Pour manger, je me débrouille bien avec un couteau et une fourchette. Mais j’aime bien quand la viande est tendre, car j’arrive à la couper. Quand elle n’est pas tendre, parfois, il y a des gens qui m’aident à couper à la cantine, car je n’y arrive pas.

En ce qui concerne le sport, j’en fais à l’école. De la course d’orientation et du tennis. J’arrive bien à faire du tennis. Même si c’est un petit peu dur, quand je tape la balle contre le mur et que je rate : parfois la balle passe à côté. Mais je suis meilleur maintenant. Dans les matchs, au gymnase, on fait du tennis avec le filet. Sinon, chez moi, dans ma cour, je m’entraîne à faire du mini tennis sur le mur. Je préfère jouer tout seul, car comme cela, ça m’entraîne. On fait aussi du foot à la récréation, et je suis un des meilleurs.

 

Comment cela se passait-il pour toi dans ton ancienne école ?

Avant, en CP, je ne savais pas bien lire, pas bien écrire, mais je parlais bien. J’écrivais avec une machine, je tapais et quand la phrase était finie, j’imprimais. Je n’écrivais pas à la main. C’était dur d’écrire au crayon à papier. La main gauche ne marchait pas, elle avait un problème. Et je ne m’en servais pas pour écrire au crayon. Elle ne marchait pas trop pour dessiner non plus.

Je n’arrivais pas du tout à lire non plus. Je ne connaissais pas les sons. On avait un petit tableau avec des cases, où il y avait toutes les lettres : chaque jour on faisait une lettre. La maîtresse disait : « Comment on peut écrire avec ces sons ? », et quand on savait, on levait le doigt. Mais c’était dur pour moi.  Quand la maîtresse me disait de lire, elle disait « On se dépêche ! », et moi je n’y arrivais pas. Je ne voulais pas dire que je ne savais pas lire. J’essayais, mais je n’y arrivais pas, et ça énervait la maîtresse.

 

Et cette année, comment cela se passe-t-il ?

Chez moi à la maison, mon papa m’a imprimé des livres avec des mots en couleurs, ma maman me lit un paragraphe et après, c’est à moi de lire. Les couleurs, il y a le rouge, le vert, et d’autres aussi. Si mon papa a fait ça, c’est pour m’aider à mieux lire et mieux voir où j’en suis. Parfois, il y a des sons qui sont durs. Quand il y a un « e » et un « u », je ne sais plus comment ça fait. Sinon, je lis les syllabes, sauf quand il y a trop de mots dans la page. Je n’arrive pas à lire avec les livres dans lesquels il n’y a pas d’images, quand il y a plein de mots, des livres d’adultes. Dans les mangas, il y a des choses marquées, et j’y arrive bien, ce n’est pas mélangé. Dans les livres comme ceux des adultes, c’est mélangé, il y a trop de phrases qui se mélangent. Alors que dans les mangas, il n’y a pas beaucoup de mots, ça va.

À l’Erea, c’est ma première année et je vais y rester deux ans ; après je vais retourner à mon ancienne école et aller au collège. Dans la classe, ma  chaise est différente des autres, elle est haute, et j’ai une planche pour mettre mes pieds, et j’aime bien. Car si je ne l’ai pas, ça me gêne, parce que je suis bas. Je l’utilise pour manger aussi.

Cette année, je lis bien et j’écris bien. J’ai un cache pour lire, il est bleu, mais je préfère lire sans le cache, car ça me gêne. De temps en temps, le cache est sur le mot que je veux suivre. Mais je ne suis pas obligé de prendre le cache. Parfois j’écris à l’ordinateur, parfois j’écris à la main. La main marche mieux que l’année dernière. Mon ergothérapeute veut que j’écrive en attaché et j’y arrive car ici, on a le droit de prendre son temps.

Les maths, j’aime bien, mais parfois c’est dur. Comme les exercices avec les additions. Il y a des petits points, et il faut mettre le résultat. Mais on a des outils d’aide, on a une feuille où il y a les doubles, le tableau des nombres, c’est un peu comme une bande numérique. On s’aide de tout cela pour les maths, et ça m’aide bien. Parfois il y a aussi des élèves de la classe qui m’aident. Il y en a qui me lisent une consigne et moi, je fais l’exercice.

On travaille aussi avec la classe d’à côté. On fait des expériences sur l’air. On se pose des questions, on nous donne une feuille avec une phrase écrite et on fait des dessins « comme la phrase elle dit » (en fonction de ce que dit la phrase). Par exemple, on imagine une bouteille, et on la dessine.

Dans ma classe, avant, j’étais dans les nuages et ma maîtresse s’est fâchée. Je rêvais trop, et la maîtresse me disait « Eh, regarde au tableau ». Pour ne pas être dans les nuages, il faut regarder le tableau, et ne pas regarder autre part. J’ai tendance à ne pas écouter du tout ce que dit la maîtresse. Parfois, on me demande un exercice, et après, je ne sais plus ce qu’il faut faire.

 

Parle-moi d’une activité que tu aimes bien faire à l’Erea.

J’aime bien faire la robotique, pour se repérer dans l’espace. Il y a plusieurs rôles pour les élèves : les journalistes, les photographes, les testeurs, les programmeurs. J’ai déjà fait tous les rôles. Certains prennent des photos des robots, d’autres tapent à l’ordinateur. Le programmeur doit faire en sorte que le robot parte d’un post-it et arrive à une gommette. Au départ, il y a un truc noir, on met le robot dessus. Mais on n’a pas le droit de pousser le robot, c’est sur l’ordinateur, il y a comme un site, et on peut faire des actions sur le robot. Il y a des cases, on clique avec la souris et on peut faire zigzaguer le robot.

 

Quand tu travailles à l’Erea, tu es tout le temps dans la classe ?

Je suis dans la classe, sauf quand l’ergothérapeute ou l’orthophoniste viennent me chercher l’après-midi.

 Avec l’ergothérapeute, on commence la séance en écrivant une phrase. Puis on fait des jeux sur l’ordinateur. Il faut rejoindre les points, on clique, et une voix dans l’ordinateur dit si c’est bon. On fait aussi un autre jeu où il y a des fruits à repérer dans un tableau à double entrée avec A B C D et 1 2 3 4. Il y a aussi un jeu où il faut mettre la fusée dans le bon sens. En dehors de l’ordinateur, l’ergo me fait un dessin et je dois faire pareil.

Avec l’orthophoniste, ce sont des jeux de cartes pour apprendre à lire, et je fais aussi du travail avec des petites réglettes pour les syllabes.

 

Si un jour, tu avais une maîtresse qui ne connaissait pas du tout la dyspraxie, qu’est-ce qu’il faudrait lui dire pour que cela se passe bien dans la classe ?

Il faut lui dire que je ne sais pas trop bien écrire, et de ne pas se fâcher quand il y a des sons que je ne connais pas.